13 mars 2011 : un Pourim persan

A la fin de cette semaine, nous allons célébrer la fête de Pourim, l’une des plus joyeuses du calendrier juif. Pourim commémore le miraculeux sauvetage des juifs d’une mort froidement programmée par leur ennemi mortel Haman, aux environs du 4e siècle avant notre ère, en Perse, grâce à la reine Esther, une jeune fille juive choisie par le roi Achashverosh (Ataxerces I ou II suivant les sources) comme reine. Esther sera la sauveuse du peuple juif grâce au pouvoir qu’elle a acquis sur le souverain, et fera échapper tout son peuple au « Pour », le tirage au sort du jour désigné pour l’extermination de tout le peuple juif.

Dès lors, on comprend aisément que les Juifs persans, c’est-à-dire aujourd’hui les Juifs iraniens ou d’origine iranienne, aient un rapport particulier à la fête de Pourim. Ils en sont, d’une certaine manière, les véritables héritiers et elle a marqué de façon plus singulière leur histoire. Par exemple, les tombes d’Esther et Mordechai, qui se trouvent probablement dans la ville actuelle de Hamadan, l’ancienne Suse de la Meguila d’Esther, à mi-chemin entre Téhéran et Bagdad, faisaient l’objet de pélerinages et de visites depuis tout le Moyen Orient. C’était même un des lieux juifs de pélerinage les plus fréquentés, à l’époque où il était difficile de se rendre en Palestine, près du Mur des lamentations. En fait, la communauté juive iranienne est une des plus anciennes du monde, puisque cela fait près de 2700 ans qu’il y a des juifs dans ce pays, de façon ininterrompue, même si aujourd’hui seulement 25000 à 30000 demeurent en Iran.

Et c’est peut-être pourquoi le jeune d’Esther est très largement respecté dans les communautés juives iraniennes à travers le monde (dont plus de 30.000 à Los Angeles !), quel que soit le niveau de pratique religieuse. On y fabrique des effigies d’Haman qui sont brûlées le jour de Pourim, et on y chante des chansons sur Haman, enseignées de père en fils. En Iran, Pourim était une fête très joyeuse, où l’on échangeait des friandises et où l’on donnait des pièces d’argent aux enfants (une tradition probablement liée à la proximité de Noruz, le nouvel an Zoroastrien). Par contre, on ne se déguisait pas, cette coutume n’arrive en Iran que très tardivement, avec la création de l’Etat d’Israël où elle était répandue.

Et les oreilles d’Haman, ces gâteaux omniprésents à Pourim de nos jours ? Eh bien, les Juifs iraniens ne les connaissaient pas du tout ! Pour leur mishloach manot, ils s’offraient une friandise tradititionnelle et très prisée en Perse, la halva. Rien à voir avec la halva turco-syrienne, cette sorte de nougat de sésame friable, parfumé à la pîstache, à la vanille ou au chocolat. La halva iranienne, c’est une sorte de pâte ultra-parfumée au safran et à l’eau de rose, qui se déguste à la petite cuillère, parfois agrémentée de dattes ou pistaches. La halvah est faite à base de farine de riz, de blé ou d’amande, mélange à de l’eau de rose et additionnée de sucre, d’huile, de cardamome, de safran ou autres épices. On l’étale sur une assiette, sur une épaisseur d’environ 1 cm, elle est ambrée, avec la con sistance d’une pâte à cookie. Chaque famille a sa recette propre (un peu comme avec la charoset de Pessah), selon les régions et les familles. Les juifs iraniens en mangent des tonnes à l’occasion de Pourim ! Pour un repas à l’accent persan, choisissez un agneau que vous cuisinerez au safran et à l’abricot, par exemple, à servir avec un vrai polow iranien, un riz basmati cuit à la vapeur dans une marmite antiadhésive, et dont le fond formera une délicieuse croûte dorée et croustillante, appelée Tah-dig et prisée des connaisseurs. A suivre avec un flan à l’eau de rose, et une bonne quantité de halvah bien sûr !

Et n’oubliez pas d’arroser ce festin comme il se doit, avec par exemple, plusieurs Shiraz d’Israël… ce cépage est le plus ancien du monde, originaire, comme vous l’aurez deviné, de la ville de Shiraz, en, Iran, et l’un des mieux acclimatés en Israël. Démarrez avec un Shiraz de Galil Mountain, fruité et épicé à la fois, et continuez avec un Syrah de Yarden, l’un des meilleurs d’Israël, corsé, cacaoté, légèrement fumé, une merveille avec l’agneau. Vous pouvez enchaîner, si vous en avez encore la force, sur le Yatir Forest blend, un assemblage de Shiraz, cabernet et merlot où le Shiraz est très présent, ou sur le Galil Mountain Meron, un autre assemblage à base de Shiraz…